Adobe a annoncé le lundi 2 février l’arrêt du développement de Animate (anciennement connu sous le nom de Flash), ainsi que — dans la foulée — l’impossibilité d’installer le logiciel d’ici un an (trois ans pour certaines licences entreprises). Une décision lourde de conséquences pour les artistes et studios qui utilisaient encore ce vénérable logiciel pour leurs créations animées. Et ils sont nombreux.
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Flash s’était fait connaitre dans les années 90 pour fabriquer des sites web animés ou interactifs. Très rapidement le monde de l’animation s’était emparé de l’outil pour en faire des films. Quand Flash est tombé dans les oubliettes du web il y a 10 ans, le logiciel a été renommé Animate car il n’y avait plus guère que le marché de l’animation qui s’intéressait à cette solution. Depuis quelques années les mises à jour du logiciel étaient devenues symboliques et on sentait bien le désintérêt de l’éditeur Adobe pour sa solution. Mais une grande communauté en est encore dépendante.
Une onde de choc immédiate
De notre côté, cette annonce nous a directement affectés : nous sommes en train de développer des outils dans le cadre d’un futur projet utilisant ce logiciel. La problématique n’est donc pas théorique — elle est concrète, immédiate, et opérationnelle.
La responsabilité des éditeurs
La question de la responsabilité des éditeurs de logiciels se pose aujourd’hui avec acuité. À l’heure où des outils peuvent être fermés presque sans préavis, et ce fut le cas par exemple avec le logiciel 3D Softimage, il n’est pas acceptable que les seules solutions de secours soient : soit l’usage illégal de versions piratées, ou l’abandon pur et simple d’années de travail.
D’autant qu’il n’existe pas toujours d’alternative idéale. La disparition d’un logiciel entraîne souvent la disparition de techniques, d’habitudes, de processus et de pipelines coûteux à transférer et parfois même de styles visuels entiers comme c’est le cas avec Flash/Animate.
Que pourrait-on attendre des éditeurs ?
Nous ne demandons pas à tous les éditeurs de basculer en logiciel libre — même si nous en sommes des utilisateurs convaincus. En revanche, il serait bienvenu qu’un éditeur qui met fin au développement et au support d’un logiciel fournisse au minimum : • une version finale, sans mise à jour future, déconnectée des serveurs d’activation (DRM Free) • indépendante des services en ligne (pas de serveur d’activation ou autre), • permettant encore d’ouvrir les fichiers dans le futur.
Libre ensuite à l’utilisateur de continuer à travailler sur un outil non maintenu, en connaissance de cause.
Une dépendance géopolitique et économique
Rappelons aussi que ces logiciels — souvent états-uniens — peuvent devenir inexploitables en Europe ou ailleurs par simple décision politique. L’exemple d’Adobe ayant suspendu ses services au Venezuela sur décision gouvernementale reste dans les mémoires.
Quel que soit le montant payé, rien ne garantit que nous pourrons encore ouvrir nos fichiers dans quelques années — voire quelques mois, au détour d’une mise à jour non retro-compatible. Cette incertitude est particulièrement marquée avec les modèles par abonnement, aujourd’hui largement généralisés. On n’achète plus nos logiciel avec une utilisation « à vie », avec le droit de rester sur la version qui nous convient le mieux, mais on loue, chaque mois, les licences. Il arrive même qu’il soit impossible d’installer d’anciennes versions, rendant inutilisables les fichiers incompatibles avec les nouvelles.
Logiciel libre et pérennité des données
Le logiciel libre n’est pas une solution miracle, mais il offre un avantage majeur : l’accès au code et la possibilité de maintenir l’ouverture des fichiers dans le temps, tant que le matériel le permettra.
L’épisode Flash/Animate nous rappelle une chose essentielle : le choix d’un outil ne se fait pas qu’en fonction de ses fonctionnalités actuelles, mais aussi en fonction de la capacité future à utiliser son moyen de production, et à ouvrir ses créations passées.
Heureusement, vu le cri d’alarme mondial des utilisateurs, de l’industrie et même de l’impact sur le cours de la bourse, Adobe a retropédalé deux jours plus tard, mercredi 4 février, et annoncé que le logiciel, s’il n’est plus mis à jour, restera disponible.
… jusqu’à quand ?